[VIDÉO] Népal: Le thé bio de la famille Bhattarai – de la graine jusqu’au chai !

Après notre fabuleuse étape chez nos fermiers préférés de Tarey Bir (Sikkim), il manquait toujours une étape indispensable pour le Food Sense Tour au Nord Est: le thé ! Nos plans initiaux étaient d’aller étudier la question à Darjeeling (frontière avec le Bengale Occidental), mais le destin en a décidé tout autrement, et l’on ne fut pas déçues. Mais avant de vous raconter notre découverte, faisons un retour rapide sur l’histoire du thé dans la région :

vlcsnap-2017-02-24-14h47m32s297

Vue sur la chaîne de l’Himalaya depuis Darjeeling (Bengale Occidental)

En voyant la présence inconditionnelle du thé dans la vie quotidienne des indiens, il est facile de croire que cette boisson fait parti de leur culture millénaire. Mais à notre plus grande surprise, le thé n’est devenu un beverage populaire dans le pays qu’un siècle auparavant. Avant, il n’était consommé que dans certaines régions, comme plante médicinale. Au début du 19e siècle, les anglais, implantés en Inde depuis 50 ans, se lancent dans la production et l’exportation du thé, pour concurrencer le monopole mondial chinois. Ainsi, en 1820, grâce aux graines et techniques de cultivation chinoise, l’entreprise anglaise East India Company convertit des grandes étendues de forêt en plantations de thé en Assam (extrême Nord Est de l’Inde) et se propose d’offrir un peu de terre à n’importe quel européen voulant se lancer dans l’exportation vers l’Europe. Dans les années 1860, les plantations s’étendent au Bengale Occidental et plus particulièrement à Darjeeling. Les terrains en pente de cette région montagneuse sont favorables à la culture du thé: l’eau de la mousson qui stagne sur une terre plate noie les arbustes. Après une grande campagne de publicité autant en Inde qu’en Europe, les anglais parviennent, dans les années 1950, à imposer le thé comme boisson journalière. Cette production en masse, bien qu’elle permette a l’Europe continentale de découvrir le thé et de pourvoir des emplois dans la région du Nord Est indien, cachent des aspects plus négatifs dont la déforestation massive (et la destruction de la biodiversité qui est liée), problèmes sanitaires dus à la consommation de lait et de sucre raffiné, mais aussi, exploitation de la main d’œuvre népalaise. Toutefois, à la fin du 20e siècle, commence à se créer des petites plantations biologiques, intégrées à la culture de fruits et légumes ou encore de miel. Aujourd’hui, on compte 25 jardins de ce type à Darjeeling, qui vendent leurs feuilles brutes a des usines coopératives ou des entreprises de thé. l’Inde demeure le premier producteur mondial de thé, produisant 715 000 tonnes par an (contre 540 000 pour la Chine) dont 70% sont consommés sur le territoire. On regrette toutefois que la plupart du thé biologique (produit majoritairement en Assam et au Bengal) soit destiné a l’exportation, laissant aux ménages indiens du thé de basse qualité, produits avec des pesticides et engrais chimiques sur des sols appauvris.

Avant de quitter notre famille adoptive du Sikkim, nous leur disons qu’après notre étape à Darjeeling,  nous allons passer au Népal afin de renouveler nos visas. Ils nous recommandent alors de passer chez leurs cousins, propriétaires de plantations de thé biologique non loin d’Ilam. Après quelques jours à Darjeeling, le temps de se renseigner sur la question du thé et de finir de monter nos deux premiers épisodes, nous voilà parties pour la campagne népalaise. Dans ce pays où les graines hybrides et stériles sont largement répandues, nous voulions découvrir la culture du thé bio, symbole d’une agriculture indépendante pour les petits fermiers. On laisse Suraj, fils de la famille Bhattarai, vous expliquer leur exploitation, de la graine jusqu’au chai !

Pour ceux que la question intéressé, voici les étapes détaillée de la plantation, production, transformation et consommation du thé biologique:

  • Récolter une « feuille-mère » de thé. Couper la tige des deux côtés à 60° pour que la plante puisse bien pousser de manière verticale.
  • Dans la pépinière, faire un petit lit de terre surélevé pour protéger la plante des rayons du soleil et appliquer du compost sur le lit pour enrichir la terre en micro-organismes. En plantant la tige, orienter la partie coupées vers le soleil (est), les différentes feuilles-mères plantées ne doivent pas se toucher.
  • Après la plantation, tous les jours pendant un an, s’occuper des jeunes pousses dans la pépinière: apporter de l’eau régulièrement, observer la terre, écarter les feuilles les unes des autres, écarter les feuilles du sol pour éviter que les insectes ne montent dessus
  • Après 365 jours, transplanter la jeune plante dans le champs pour qu’elle devienne un arbuste. La planter pendant la saison des pluies et laisser une distance fixe d’un mètre entre chaque plante.
  • Après 5 ans, l’arbuste est prêt pour la récolte des feuilles de thé. D’avril à novembre, récolter les feuilles de thé vert toutes les semaines, en un mois on peut donc faire quatre récolte.
  • Après 8 mois, couper la surface des buissons pour rendre les buissons de thé plus larges, en les empêchant de grandir vers le haut: les buissons se rejoignent à l’horizontale. Tous les ans, désherber autour des troncs, creuser et mettre de la bouse de vache autour en quantité proportionnelle au poids du tronc. L’arbuste est prêt pour la récolte de l’année suivante! Il n’a pas besoin d’eau en dehors de la saison des pluies
  • Après la récolte des feuilles de thé, les laisser sécher 12 heures dans une pièce sombre (pour qu’elles soient sèches à 60%) puis les broyer à la main, les mettre au soleil jusqu’à ce qu’elles deviennent complètement sèches. Le thé est prêt !

NB: le thé vert et le thé noir provienne de la même plante, la différence réside dans le procédé de transformation. Le noir est fermenté et plus fort en théine. Il est donc plus sain de boire du thé vert, réputé pour être anti-oxydant, bon pour le cœur et énergétique! Mais comme d’habitude, tout est bon dans la juste mesure !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *